DR JACQUES OHANA

À L’ART CONTEMPORAIN

À L’ART CONTEMPORAIN

L’art est par essence métamorphose et son histoire raconte la représentation du corps à travers les âges. La femme en particulier, symbole de la fécondité perpétuant l’espèce en a été une des premières expressions.
Premières écritures, premiers messages, l’objectif dans un premier temps était avant tout la quête de la ressemblance.
Les techniques devenant moins primitives, des formes nouvelles apparaissent avec la perspective, le relief et le mouvement.
La sculpture en particulier, se libère des contraintes de la convention et invente des formes suggestives et imaginaires.

L’art égyptien et l’art grec suivent ainsi des voies différentes témoins de leurs aspirations et de leurs cultures.
Au Moyen Âge, et en Occident en particulier, les religions imposent leurs thèmes aux limites convenues dont l’artiste de la renaissance tentera le premier de s’affranchir.

Les mutations du XIXe siècle, les découvertes scientifiques et les progrès technologiques marquent le début de l’Art moderne.
En rupture avec le passé, l’individu prend le pouvoir et laisse libre cours à sa sensibilité et son imagination. « Comme il a renouvelé la société, le principe de la liberté vient aussi renouveler l’art » affirme Victor Hugo.
Les romantiques imposent alors leur révolution. C’est l’exaltation du corps où les passions s’expriment enfin librement.
Les réalistes se rebellent contre la dictature de l’académie et proposent de peindre « vrai ».

L’avènement de la photographie confrontant la réalité à la reproduction lance à l’artiste un redoutable défi existentiel.
Mais son apport se révélera en fait très positif, car en même temps qu’il l’interroge gravement sur son avenir, il ouvre des perspectives nouvelles, de situation, de mises en scène, de couleur et de lumière , le conduisant à explorer des horizons nouveaux.

La rupture des impressionnistes et le « salon des refusés » portent en eux la force de cette révolution et le germe d’une créativité libérée dont le XXe siècle sera témoin.
La métamorphose de l’art est en route. Plus qu’une évolution où des courants d’idées, cette renaissance est une véritable mutation ou l’impensable devient possible.
L’art retrouve son essence: provoquer, défier, surprendre, questionner, inventer, reconsidérer, interpeler, irriter, émouvoir.
Le cubisme en particulier s’affranchit des codes de l’imitation pour établir les règles d’une vision nouvelle déformée déstructurée, fragmentée puis reconstruite.
En un mot , le nez n’est plus au milieu de la figure.
Et « pourquoi pas? diront certains.

Avec le futurisme, le mouvement prend de la vitesse et l’image est démultipliée.
Surréalisme et abstraction finissent à imposer les arts, devenus plastiques, qui vont rapidement s’enrichir des technologies modernes – le cinéma, la vidéo, le monde du numérique – pour concevoir des expressions artistiques nouvelles.
Apparaissent alors les performances, représentations et événements où intervient la notion du temps et qui, comme le corps humain, portent en eux leur propre fin.

L’art corporel est un courant avant-gardiste, apparu dans les années 60 et place le corps au centre de ses investigations.
Longtemps soumis aux canons esthétiques de beauté, d’équilibre et d’harmonie, le corps devenu le lieu des débats voit son anatomie remise en cause, modifiée, déformée, dépouillée et réinventée. Démystifié, le corps est fragmenté, morcelé, mélangé.

Duchamp ose la moustache sur la Joconde.
Dubuffet dessine des corps monstrueux et déformés, désacralisant en particulier le nu féminin.
Bacon veut impressionner en représentant des corps ni figuratifs ni abstraits, et cherche davantage à déranger, susciter des sensations immédiates d’étrangeté, de peur, de dégoût.
Ernst, Miro, Magritte proposent des corps hybrides, sortes de mutants où l’animal se mêle à l’humain dans d’étranges compositions fantastiques et irréelles, poétiques et terrifiantes.
Frida Khalo dans une série d’autoportraits peint son corps mutilé et déformé, expose la souffrance et les angoisses d’une femme brisée.
Niki de Saint Phalle, meurtrie dans sa propre chair, fait sienne le combat pour l’émancipation de la femme incarné par ses Nanas, dont le succès masque cependant une part importante de son oeuvre particulièrement forte et innovante.
Debout sur sa toile, Pollock s’exprime de tout son corps et l’artiste devient peinture.
Sur ses tableaux, Klein imprime les empreintes des corps devenus pinceaux. Recouverts de sa peinture bleue, ses modèles, assis sur un banc sont intégrés à l’œuvre au cours d’une performance.
Penone s’implique dans ses étranges sculptures à forte résonance végétale aux formes sensuelles qu’il semble animer de son propre souffle.

Le body-art et l’art charnel franchissent une étape supplémentaire dans la quête identitaire où l’artiste interroge son propre corps qu’il met au centre de l’œuvre et incarne des expressions artistiques nouvelles.
Cindy Sherman explore des identités multiples à force de déguisements, qu’elle met en scène de façon troublante et provocante, revisitant à sa manière des clichés établis pour mieux questionner la place de la femme dans la société contemporaine.
Gina Pane, en réaction contre des violences qui lui sont insupportables, interpelle par sa souffrance une société qu’elle considère anesthésiée, s’inflige des auto-mutilations dont elle garde la cicatrice indélébile pour en souligner la gravité.

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