DR JACQUES OHANA

La jeunesse et la beauté sont-elles indissociables ?

La jeunesse et la beauté sont-elles indissociables ?

La beauté et la jeunesse sont heureusement dissociables, mais de chacune il est souhaitable de faire une alliée, pas une ennemie. Mais je suis prêt à parier que, si demain la science nous proposait un traitement efficace pour cela, nous l’achèterions tous et sans hésiter.

Ce serait la même chose pour la beauté à condition de ne pas devenir les clones les uns des autres, car nous sommes encore soucieux de revendiquer nos différences. Dans les années 2000, on parlait beaucoup d’une molécule, la mélatonine, à laquelle on attribue toutes les qualités. Vigueur, santé, jeunesse, bonne mine, au dire de ces défenseurs enthousiastes, elle était le médicament miracle de l’an 2000. Chaque année on nous présente des produits censés être des remèdes miracle pour faire maigrir, aider à la repousse des cheveux, traiter les rides, effacer les vergetures…

Or une femme de vingt ou vingt-cinq ans veut être de plus en plus belle, elle ne songe pas à rester jeune, ce n’est pas encore son problème. Une femme ou un homme de cinquante ans entre dans le processus du désir de rajeunissement. Plus on est jeune, plus on cherche la beauté.

Plus on vieillit, plus on cherche la jeunesse que l’on assimile à la beauté. La peur de vieillir trop vite conduit parfois à des excès tout à fait regrettables. Combien de femmes de trente-cinq ans, trop préoccupées par leur seule apparence, ont déjà eu recours à des traitements qui finissent par entamer leur personnalité, au détriment de leur charme et de leur séduction naturels à cet âge-là. Heureusement, elles sont nombreuses les femmes de cinquante ans qui sont toujours belles, minces et séduisantes. Loin de faire leur âge, du fait probablement de prédispositions héréditaires favorables, elles ont le mérite d’avoir entretenu leur beauté en s’occupant d’elles-mêmes. On peut par exemple aimer fumer, mais il faut aussi en accepter les inconvénients, et la peau, fragilisée, ternie, témoigne de façon évidente de cette intoxication cutanée.

A moins d’un accident, la beauté ne se brise pas, elle se transforme, alors que la jeunesse s’éteint doucement. De quinze à vingt-cinq ans, la femme se découvre. De vingt-cinq à trente-cinq ans, elle s’accomplit. De trente-cinq à quarante-cinq, elle s’épanouit. De quarante-cinq à cinquante-cinq ans, elle s’entretient, et de cinquante-cinq à soixante-cinq, elle se maintient. Nous sommes programmés pour vivre cent vingt ans, mais entre-temps les cellules ne se régénèrent plus, les tissus perdent toute élasticité, les muscles s’affaissent, le squelette se tasse. On a fini d’être jeune quand tous ces changements s’opèrent, et la préoccupation première sera de vieillir le moins et le mieux possible. En son état actuel, ni la science, ni la chirurgie esthétique ne sont aptes à rattraper la jeunesse passée. Si certains ont pu, de façon brutale et imagée, parler de « l’art d’accommoder les restes », la chirurgie esthétique a prouvé, par ses progrès récents, une réelle efficacité, tant sur le plan physique que psychologique et social. Mais jamais, faut-il vraiment le souhaiter, elle ne sera à la hauteur du rêve faustien, du rêve de beauté ou d’éternité de l’être humain.

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